Deuxime rituel.
Dancing in the dark.


	Une personne encagoule entra lentement de la pice, vtue d'une longue toge noire. Son visage, cach, ne permettait mme pas de savoir s'il tait humain ou non, et le vtement tait trop large pour dterminer son sexe. Suspendu par les poignets au centre de la pice vide, elle ne savait pas du tout o elle tait.  ses pieds, au sol, son kidnappeur traait avec un liquide rouge un cercle avec deux de ses doigts, puis une sorte d'toile, et enfin,  certains endroits, des inscriptions tranges, illisibles, le tout en marmonnant des trucs bizarres. Elle essaya de lui parler de crier, de hurler, mais rien n'y changeait. Il ne ragissait mme pas. La peinture malodorante se mit  luire doucement, et elle cessa tout bruit, ne comprenant pas ce qu'il se passait. Elle plit quand elle vit une trange lame fine, brillante, sortir d'un pan de la robe de la personne.
	Et que les tnbres s'abattent !
	Elle n'eut pas le temps de crier quand la lame plongeant dans sa poitrine. Elle mit un affreux gargouillis, sentit quelque chose de chaud couler le long de son corps, et perdit progressivement la vue, avant de perdre la vie.

	Il avait mal dormi cette nuit. Ce n'tait pas la faute au lit; au bout d'une semaine, il s'y tait habitu. C'tait autre chose. Et puis, Camille tait tout rouge, au rveil, et vitait son regard... il l'intriguait. Pourtant, la veille, tout c'tait bien pass. Il lui avait racont une anecdote, et Agone s'tait content de sourire et d'acquiescer aux bons moments. Il s'tait mme montr un peu rconfortant quand il avait voqu sa peur du noir.
	Il faisait gris dehors, mais il ne pleuvait pas. Il pleuvait tellement souvent, qu'un jour de soleil tait miraculeux. Agone ne croyait pas aux miracles. Aux maldictions, a, il les vivait mme quotidiennement. Et ce nouveau rituel ne lui plaisait pas du tout... C'tait le mme que le prcdent, seules les critures avaient changes. Le coup de couteau tait, comme l'ancien, chirurgical. Droit au cur, entre les ctes. Un mdecin ? Peut-tre. En tout cas, il savait maintenant que cela lui tait trs srement adress. Il devait aller voir Los en tte en tte, et il n'aimait pas a.
	Il se sentait toujours mal  l'aise,  peine entr dans l'immeuble. Il n'y avait qu' suivre les traces magiques; troisime tage, deuxime porte. Celle-ci tait encadr par des peintures magiques, que seuls ceux ayant dj eu affaire  la mage ou aux dmons pouvaient voir. Ces inscriptions taient censes repousser les malfices, mais Agone n'y croyait pas, du moins, pas assez. La porte s'ouvrit d'elle-mme, et il pntra dans cet appartement qui lui glaait le sang. Il n'y avait qu'une pice amnage, le salon o tranait de tout. Dchets, livres, jaquettes de films, mgots de cigarettes et de cannabis. 
	Il tait l, allong dans le lit,  demi-nu; jeune cureuil shaman  demi-conscient. Agone posa son pardessus us au pied du lit, et retroussa ses manches. a sentait un mlange de renferm, de tabac, et de diverses drogues, qui le rendait nauseux. Les rideaux, comme toujours, taient tirs, et les fentres fermes; les radiateurs coups et la climatisation casse depuis longtemps. Agone prit une chaise, et s'installa tranquillement devant Los,  un mtre de lui. Il s'alluma une cigarette; il savait qu'il tait impossible de le sortir de son tat de transe, mme si depuis son arrive, l'cureuil paraissait de plus en plus perturb. Il remuait doucement, les yeux ouvert, vagabondant dans une dimension qu'Agone lui-mme ignorait. 
	Il se rveilla en sursaut, et en hurlant. Agone crasa sa cigarette au sol; visiblement Los en faisait de mme quand il tait seul.
	J'ai vu...
	_Le dmon entrer chez toi ? Los, cette blague ne m'amuse plus, dit Agone en croisant les bras. Ce n'est que moi. Je vois que tu... Tiens la forme.
	_Cette blague-l ne m'amuse plus non plus, figure-toi. Je vois toujours a, quand tu viens me rendre visite. Peut-tre devrais-je ne plus jamais te laisser entrer; tu pourrais causer ma mort.
	Il tait maigre, pire qu'Agone. Lui aussi, dpendait de la magie, mais la drogue empirait son tat. Les shamans n'taient pas rputs pour leur longvit. Mme sa voix tait faible,  bout de souffle. Il se redressa rapidement, ne quittant pas Agone des yeux.
	Mais tu reste un ami.
	_Los... Dit Agone en se redressant. Il y a eu un autre rituel, tu dois le savoir.
	_Oui. Il est sans prcdent.
	_Tu as vu quoi ?
	_Les Tnbres, Agone.
	Il remarqua alors que Los tremblait, plus que d'habitude. Il tait terroris.
	Je peux voir dans le plus sombre abme... Mais je n'ai vu que les tnbres.
	Agone frona les sourcils. En effet, c'tait trs inhabituel... Il se leva, et se frotta la nuque, poussant au passage une canette de soda.
	Tu t'es peut-tre habitu  la drogue, et qu'elle fait moins d'effet...
	_Ne sois pas stupide ! Siffla Los avec le peu de forces qu'il avait. Je suis un shaman. La drogue me fera toujours le mme effet. De mme toi et tes innombrables tatouages.
	Agone soupira. S'il avait vex Los, il ne pourrait plus rien obtenir de lui. Il s'agenouilla au bord du lit, et lui prit sa main, limite cadavrique, elle ne pesait rien. Des os dans un sac en fourrure d'cureuil.
	Je ne cherche qu' comprendre, Los. Tu sais que tu es un ami. Et je sais que tu es le meilleur shaman du pays.
	_Peut-tre le dernier... Dit-il, les larmes aux yeux.
	_Pourquoi ?
	_Je ne sens plus aucune trace de shaman dans le secteur.
	Les shamans taient trs fraternels,  tel point que leurs relations sexuelles taient rarissimes. Un lien les connectaient entre eux, que seuls eux pouvaient comprendre, sans pouvoir l'expliquer. Les plus puissants pouvaient mme se rencontrer dans leur dimension shamanique. 	Agone s'accroupit contre le lit, et fit ce que normalement personne n'tait autoris. Il prit Los dans ses bras, et le laissa pleurer contre son paule. Il tait tellement mince qu'il avait peur de le briser. Il lui gratta doucement la nuque, fixant le mur. Sans Los, son boulot sera beaucoup plus difficile. Peut-tre impossible. 
	Une fois calm, Agone se redressa, il avait mal aux genoux d'tre rest si longtemps accroupi. Il prit son pardessus, pensif. Les Tnbres, que mme un shaman n'a pu percer... Il avait du fil  retordre.
	Los, enfile des fringues dcentes. Je vais t'amener manger quelque part.
	_La nourriture...
	_Je sais que tu ne vis que de nourriture spirituelle. Mais un peu de nourriture physique ne te fera pas de mal. Et puis, qui sait, tu pourrais apprcier. C'est moi qui offre, profite.

	Quand elle se rveilla, en pleine nuit pour aller boire, le noir tait total. Il faut dire qu'elle avait ferm les volets, et les rideaux,  cause de sa migraine. Elle avait fait un rve trange, trs inquitant. Pleins de monstres, pervers et violents.
	Elle compris que quelque chose n'allait pas quand elle percuta son armoire. Mme  quelques centimtres, elle ne voyait rien. Elle se fit mal  l'il en voulant les toucher; vrifier que ses paupires n'taient pas colles. Elle se mit rapidement  paniquer, les bras tendus. Elle ne voulait pas perdre la vue  vingt ans ! Elle commena  crier,  appeler ses parents.
	Papa... Je... Je suis aveugle !
	Les parents, se rveillrent en sursaut. D'abord embrum par le sommeil, ils tendirent l'oreille, lumires allumes. Quand ils comprirent que leur enfant taient en danger, ils bondirent hors du lit, le pre arm d'une batte de baseball qu'il cachait sous le lit; on n'est jamais trop prudent. Ils ouvrirent la porte, et ne virent rien d'autre que les Tnbres.

	Alors, a vaut quoi...? Demanda Agone, la bouche  moiti pleine.
	_C'est... trange. a ne vaut pas mes champignons. Et aucune valeur spirituelle.
	_a s'appelle de la valeur nutritive. Tu tiendras plus longtemps avec a, plutt qu'avec les rares biscuits que tu bectes et tes champignons hallucinognes.
	Los regardait son hamburger avec un peu de dgot, il n'y tait pas habitu. Mais par respect pour Agone, il mangea tout, mme les frites. Le soda, il connaissait dj. Toute une vie dans la pure tradition shamanique... Il n'a pas d se marrer tous les jours.
	Il se ptrifia soudainement, son grand verre en carton stopp dans sa course vers ses lvres. Il plit, et trembla. Agone frona les sourcils, et s'adossa  sa chaise.
	Los...?
	_Les Tnbres... Elles sont l.
	Il reposa lentement son verre, reprenant peu  peu le peu de couleurs qu'il avait. Il sortit un un crayon de sa veste dchire, et nota frntiquement une adresse sur une serviette en papier. Agone se pencha pour regarder; c'tait  l'autre bout de la ville. Il mit alors le papier dans sa poche, sous le regard encore choqu de l'cureuil.
	Je te ramne chez toi, Los. Je m'en occupe. Comme d'hab'.
	_Agone... Je... J'ai besoin de savoir pourquoi je ne vois plus rien. 
	_Je ne pourrais pas veiller sur toi et sur moi. Tu sais que rien n'est jamais paisible, avec moi.
	_Je suis un shaman, Agone. Je saurais me dbrouiller.
	_Tu es peut-tre le dernier.
	Sa dernire phrase fouetta l'air. Los se recroquevilla sur sa chaise, bless. Agone soupira, il savait que ce n'tait pas ce qu'il y avait de plus agrable  entendre, mais il ne voulait pas prendre ce risque. Et le vexer tait la meilleure solution. Il alla donc payer leur repas, et Los le suivit, tte baisse, sans rien ajouter.
	Arriv chez Los, il ne passa pas la porte d'entre. Il risquait de l'insulter, lui, le dmon de ses rves, s'il passait une porte impermable  la magie.
	Je... Je passe chez moi, me prparer mentalement et physiquement, et j'irais voir.
	Los ne lui rpondit pas. Il retira son haut, ses chaussures, son pantalon, se retrouvant comme  son habitude en caleon. Il claqua ensuite la porte au nez d'Agone, sans mme lui adresser un regard. Agone ne fit que hausser les paules, allumer une cigarette et partir. Il ne pouvait pas se permettre de traner, la nuit allait tre longue et il n'avait pas de temps  perdre.
	Il tait appuy contre la fentre, les coudes sur la vitres, les mains derrire la tte; il avait retir sa veste et son gilet. Il rflchissait  ce qui l'attendait. Les Tnbres. Une porte pour l'enfer ? Un dmon particulirement pudique.
	Il y a un problme, Agone ? Demanda la voix innocente de Camille.
	Il se redressa, et s'adossa  la fentre, bras croiss.
	J'ai beaucoup de boulot. Je vais devoir sortir ce soir, affronter... L'inconnu.
	_C'est... Ce sera dangereux ?
	_Comme toujours, dit-il en souriant faiblement.
	Il se redressa, et remit son gilet, puis sa veste, le regard vide. Camille le laissa passer, mais avant qu'il ne quitte le couloir, il le prit contre lui, et le serra fort, plein d'inquitude. Agone, surpris, se laissa faire. Toute sa peau tait tendre et souple, il s'enfonait lgrement dans son ventre. norme peluche. Il se mit lentement  le serrer aussi, et soupira.
	a se passera bien. a s'est toujours bien pass, alors pourquoi pas maintenant, hein ?
	_Oui... Oui, tu as raison. Pardon, pardon Agone... Dit-il en le lchant. Je... Je panique trop facilement, et puis... Je suis trs tactile...
	Il se mit  rougir, l'air embarrass. S'il n'tait pas sur le dpart pour affronter une menace inconnue, il aurait pu trouver a mignon et rconfortant, amusant aussi. Mais il n'y vit rien.
	Je serais de retour trs tard, peut-tre mme demain. Ne m'attend pas.
	_J'enregistre ton mission ?
	_Non, ne te fais pas cette peine. Tu sais que je ne la regarde pas plus que a.
	_D'accord. Alors... Bonne chance !
	Il lui sourit, un agrable sourire sur sa bouille enfantine de renard en norme surpoids. Agone lui rendit son sourire, puis, sans plus de crmonie, partit.
	Il marcha bien deux heures avant d'arriver  la maison. Il y avait une prsence terriblement mauvaise, qui le mettait mal  l'aise. S'il n'en avait pas l'habitude, il serait parti sur-le-champ, mais il franchit le portail en fer noir, qui grina  en rveiller le peu de voisinage. Il traversa le petit jardin en suivant le chantier, quand sa tte se mit violemment  tourner, il perdait progressivement connaissance. Ce n'tait pas la maison. Quelqu'un le possdait, malgr ses tatouages. Il tomba  genoux, serrant la terre entre ses griffes,  bout de souffle. Il commena  incanter un sortilge pour le librer, quand une voix rsonna dans sa tte.
	Agone... C'est Los.
	_Sors de mon corps... Immdiatement ! Shaman ou pas, Si tu reste...
	_Rien ne pourra me faire changer d'avis, rpondit la faible voix de Los. Si mon corps ne peut t'accompagner, alors une partie de mon me te suivra.
	_Elle ne me suit pas, elle me possde. Sors de l !
	_Non. Ne m'oblige pas  te contrler. Tes tatouages ne te protgent que de la sorcellerie et des dmons. Pas du shamanisme.
	Agone soupira, il sentait que c'tait peine perdue. Il se redressa lentement, et ajusta son pardessus ainsi que sa cravate.
	Alors tche de parler doucement et de ne pas m'entraver. O je brise ton me et je vais chez toi te cogner. Je dconne pas, mec. Shaman ou pas, je te casse la gueule.
	Il ne sentit mme plus sa prsence, mais il savait qu'il tait toujours l. tre accompagn par un shaman est normalement un honneur, et un signe de bonne chance. Mais il en avait, pour l'instant, rien  faire. Il avait horreur de la possession, a allait au-del du viol. Lui-mme connaissait les incantations pour possder quelqu'un, mais jamais il ne l'avait fait. Il prit sur lui, et reprit sa marche vers la maison.
	Il s'arrta  quelques pas de la maison. Quelque chose ne collait pas. Il manquait un truc. Il sentait la frustration de Los, qui finit par lui demander ce qu'il se passait.
	Les fentres. Elles sont ouvertes, mais aucune lumire.
	_Ils dorment peut-tre. Ou ils sont possds.
	_Je crois que je commence  piger la notion de Tnbres.
	_Comment a ? Je ne comprend pas. Explique-toi !
	Il sortit les mains de ses poches, les mains moites. Lentement, il dirigea sa main vers la poigne. Il voulait avoir tort, pour une fois. Le bas de sa colonne lui faisait mal, cette terrible aiguille. Il sentait la frustration et l'impatience de Los grimper en lui. Le partage des motions tait une vraie plaie. Il tourna la poigne, anormalement froide, et ouvrit la porte.
	Il sentit l'me de Los se ptrifier de peur. Il n'y avait rien. Un noir totalement. On entendait quelque chose bouger, quelque part  l'intrieur. Un pleur fminin. Quelque chose tomber, puis un cri.
	Agone... Qu'est-ce que c'est ? Je n'y comprend rien...
	_Les Tnbres, Los. Les Tnbres.
	Il fit passer sa main  l'intrieur, et pass le palier de la porte, elle disparut dans le noir. Il ne sentait aucun changement d'air ou de temprature. Cela ne pouvait tre qu'un sortilge... Mais il ne le connaissait pas. Srement  un niveau trop lev pour lui.
	Agone, j'ai peur.
	_Ce n'est pas toi qui pose un pied dans la tombe, alors tais-toi et laisse-moi bosser, Los.
	Il inspira  fond, et entra intgralement dans le noir. Il se retourna pour voir la porte; il ne voyait rien. Il fit un pas en arrire, et retomba dehors. Il croisa les bras, dconcert. Au vu des bruits dans la maison, les habitants y taient toujours pigs. Mais ils taient chez eux, ils auraient forcment pu trouver la sortie de mmoire.
	Los... Les dmons nocturnes, tu t'y connais ?
	_Je... Mes connaissances dmoniaques sont loin d'galer les tiennes.
	_Alors retourne dans ta dimension poser quelques questions.
	_J'y mobilise une autre partie de mon esprit.
	Il tait fou... Morceler ainsi son esprit tait difficile et dangereux. Mais il n'avait pas le temps de le materner. Il devait entrer, comprendre ce qui n'allait pas, et les sauver. Il ne savait mme pas combien ils taient. Histoire d'en tre sr, il prit une petite lampe torche dans sa poche, et l'alluma. Elle n'claira absolument rien. L'ampoule brillait, mais il n'y avait aucun rayon de lumire.
	Il prit un instant pour rflchir  la situation. C'tait une situation dsespr, dans le noir. L'ide de s'y jeter sans rflchir l'excita terriblement. Pour un peu, il en aurait une rection. Il eut un grand sourire, et avana, mains dans les poches, analysant le terrain du bout des pieds. Il entendit une voix masculine, demander d'une voix tremblante qui tait l. Il s'y dirigea lentement.
	Qui... Qui tes-vous ? C'est... C'est vous qui m'avez perdu !
	_Quoi ?
	Il reut un coup de poing, qui le fit tomber  la renverse. Sa mchoire lui fit drlement mal...
	Qui a l'air d'un danseur, maintenant, hein ? Cria-t-il.
	_Papa ? Rsonna au loin une voix. Papa, tu es o ?
	_Je suis... Agone. Votre seul moyen de sortir d'ici. Je suis venu vous chercher.
	Il se releva pniblement. La perte de la vue tait en fin de compte trs dstabilisant. 
	Vous... Nous sauver ?
	_Oui. Pourquoi ne pas tre sorti ? Vous connaissez le chemin.
	_Ces voix... Ils, ils me font douter ! Ils bougent les meubles... Ils m'ont entaill avec un couteau ! J'ai tellement mal... Ma fille, ma femme... Je ne sais pas o elles sont !
	_Personne d'autre dans la maison ?
	_Non, mon fils est... Mon fils est chez un ami.
	Agone rflchit un moment. Trois, ce ne serait pas compliqu. Mais avec des dmons qui prennent le temps de jouer avec leur proie... Cela compliquerait nettement plus la tche. D'autant plus qu'entre temps, il avait oubli le trajet accompli jusque l...
	Il sortit de sa poche une corde, longue d'une vingtaine de centimtres. Il en avait cinq ou six, au cas o, et en tendit une  l'homme, qui l'agrippa.
	Fil d'Ariane, dit-il simplement avant de continuer ses recherches.
	Finalement, le silence de Los lui gnait. Il essayait de lui parler, mais il ne rpondait pas. La portion de son me tait devenue trop infime, il pouvait le sentir. Il tait donc de nouveau seul. En voil, un challenge excitant !
	Quand il quitta la pice, tranant le pre, il commena  entendre d'inquitants murmures. Elles sifflaient prs de lui, il les sentait s'approcher et s'loigner. S'il ne se trompait pas, ils taient deux. Ils ne cessaient de le harceler. Etaient-elles par-ci, par-l ?  l'tage, au sous-sol ? Arrivera-t-il  trouver la sortie ?  tous les sortir ? Et il pouvait les entendre bousculer et pousser les meubles... Pourquoi n'attaquaient-ils donc pas ?
	On les surnomme les danseurs, surgit la voix de Los dans sa tte. Ils plongent leur victimes dans les Tnbres, prs des portes de l'Enfer, et jouent avec leurs proies jusqu' ce qu'elles deviennent folles. Ensuite... Ils les regardent se suicider. Le seul moyen de s'en sortir... Ce serait de les tuer, ou de trouver la sortie.
	_Merci, Los. Je t'avoue que j'y ai vaguement pens,  un instant,  sortir. Et dis-moi, comment je pourrais les tuer ?
	_La lumire. Ils ne craignent que la lumire.
	Agone resta un instant coup dans son lan. La lumire... Il ne put s'empcher de rire de l'ironie de la situation. Il sentit les dmons se figer, tout prs de lui.
	Celui-l n'est pas normal...
	_Il sent le dmon...
	_Mais il n'en est pas un...
	_Faisons-le danser...
	_Oh, oui, dansez... Dansez !
	Il les entendit se dplacer furtivement, leur pieds glissants au sol. Des Danseurs... Il dit au pre de se dpcher. Ces voix, dans le noir, leurs mouvements... Comment cette famille avait tenu le coup ? Lui-mme commenait  perdre patience.
	Il a trouv la fille...
	_Impossible, il n'est pas normal...
	_Nous devons l'arrter !
	_Oh oui, dansons, dansons...!
	Le soulagement de la jeune femme dans les bras de son pre aura t de courte dure... Agone soupira, il sentait ce qui allait arriver. Un coup au menton le souleva dans les airs, et il tomba sur le dos, sonn. D'accord, il le savait, mais il ne pensait pas que ce serait aussi fort... Il gmit, et se releva pniblement. Il souffla, et se concentra sur le bruit. Il se dtendit, et quand il entendit un bruit frappa le plus vite possible. Il entendit un danseur tomber en mettant un horrible cri aigu. C'tait comme taper dans du bton... Comme il posa la main sur un meuble, il eut un sursaut.
	On est dans la cuisine. Courez, partez, retrouvez votre chemin ! On est dans la cuisine !
	Il entendit des bruits de pas hsitants, des griffes frotter le longs des murs.
	Vous voulez jouer ? Dis Agone en laissant tomber sa veste au sol. Je vais vous faire danser...
	_Cela faisait longtemps...
	_Oh oui... Un magicien !
	_Un tmraire... 
	_Un fou !
	_Un maudit... Dit Agone en souriant.
	Il frappa devant lui, pour entendre un nouveau cri. Un coup port  son ventre le projeta en arrire, le souffle coup.
	Agone... Ils sont plus fort que toi ! S'exclama Los. Tu ne leur fait pas mal, tu ne fais que les amuser !
	_Physiquement, peut-tre.
	Il se redressa, et retroussa ses manches avant de se prendre un nouveau coup au visage, qui le fit encore chuter. Il entendit alors un horrible cri fminin. Non... L'un d'entre eux tait parti, et avait tu la mre ! Il sentait sa pauvre me, apeure, quitter son corps... Et Los le sentait aussi. Il hurla, provoquant chez Agone la sensation que tout son corps se brisait.
	 son tour...
	_Oh oui,  son tour...
	_La chair corrompue !
	Il se prit un coup de pied au ventre, qui le fit gmir, et baver au sol.  bout de patience, il se redressa. Il se sentait furieux, aid par l'me de Los.
	Mais spirituellement, personne ne m'gale !
	Il posa son index et son majeur sur une partie prcise de son avant-bras, et l'auriculaire beaucoup plus bas. Il cria une phrase, puis une autre, ses mains commenaient  s'clairer. Il attendit un instant, le temps d'entendre les Danseurs hurler de peur.
	Roksha'r lam'rla !
	Il tendit brusquement les bras en avant, paume en avant, et la lumire jaillit de ses paumes, irradiant la pice. Les Danseurs hurlrent, un cri atroce, se dbattant furieusement sur place. Ils prirent bientt feu, propageant une odeur atroce de chair dmoniaque brle. Les corps se rduisirent en cendres, tandis qu'Agone tombait  genoux, le dos et les avant-bras fumants.  bout de souffle, il vit la lumire de la cuisine clignoter, puis s'allumer, de mme pour le couloir.
	Tu... Tu as russi ! S'exclama Los.
	_Encore...
	Il se trana jusqu'au mur, s'y adossa, et alluma une cigarette. Son dos fumait toujours, il se sentait compltement puis.
	Agone... Tu.. Tu es maudit ?
	_Ouais. Je dois... Baiser, dans les six heures qui suivent, ou c'est la mort.
	_Mme mes capacits shamaniques ne peuvent lever la maldiction... Comment cela s'est produit.
	_T'occupe. Laisse-moi cloper, tu veux. J'suis claqu.
	_Je t'appelle quelqu'un pour... Te... Enfin. Je te donnerais mentalement l'adresse.
	Il soupira, le regard vide. Il avait l'impression d'tre rest la journe dans le noir. 
	Le pre et la fille finirent par arriver, toujours aussi apeurs. Il entendit le pre demander pour sa femme, mais Agone resta muet. Elle tait morte. Il n'avait pas t assez efficace. Il avait mal partout, son tatouage dans le dos le brlait.
	Le pre, impatient, le frappa. Sa tte tourna; dcidment il prenait cher. Cela lui aida nanmoins  reprendre conscience; il ramassa sa cigarette tombe sous l'impact du coup, et se redressa, finissant de la fumer.
	Je suis arriv trop tard pour elle, dit-il en ramassant sa veste. Son me est coince, quelque part dans les limbes, je dirais.
	_Et... Et vous ne pouvez rien faire ?
	_Non.
	Il leur tourna le dos, se dirigeant vers la sortie, la veste sur l'paule, tenue par deux doigts. C'tait une chouette baraque, quand elle tait claire. Il ne les entendit hurler et pleurer qu'une fois la porte franchie.

	Los s'tait bien dmen pour lui payer une pute. L'adresse n'tait  pas loin, et il fallait croire qu'il connaissait ses gots : bien viril, grand, bien mont, un cul de rve; un anthro, surtout. L'alcool qu'il avait dans le sang l'empchait de rflchir; il n'en avait de toute faon pas l'intention. Il retira sa veste, la laissant tomber dans un coin, repensant  ce qu'il s'tait pass l-bas, une dizaine de rues plus loin. Il l'embrassa, lui caressant son torse sculpt dans du marbre. Un magnifique talon, avec une queue parfaite. Il lui caressa le cul, ferme et souple. Il le griffa doucement, faisant grogner l'talon. Agone grogna en retour, esprant faire passer le message. L'talon lui sourit, l'embrassa, puis le plaqua contre le mur. 
	Tu l'aime comme a, hein...?
	Sa  voix grave acheva de le faire bander. Il baissa son pantalon, puis son caleon, dvoilant son membre canin dur comme fer. L'talon eut un petit rire lubrique, plein de domination. Il retira son string qui depuis un moment ne cachait plus grand-chose, si ce n'est ses normes couilles, et recouvrit sa queue de lubrifiant. Agone retira son gilet et sa cravate, et s'agrippa  sa nuque, lchant son torse et mordillant ses mamelons. Il avait un lger got de sueur, qui excitait le magicien.
	L'talon mit un petit grognement, puis souleva sans difficult Agone par les cuisses, qui se maintint en forant sur les paules du prostitu parfait. Il lui mordilla l'oreille, puis lui murmura.
	Dfonce-moi le cul, j'attends que a...
	L'talon eut de nouveau un petit rire, puis fora sur l'orifice du magicien, qui dj gmissait. Elle tait gigantesque, mais il adorait a. C'tait toujours mieux, quand a faisait mal. Et plus c'tait gros, mieux c'tait...
	L'talon ne le mnagea pas, et le sodomisa brutalement ainsi, contre le mur, jouant constamment avec leur langue. C'tait aussi douloureux que jouissif, Agone avait l'impression que sa propre queue bourdonnait de plaisir. Il ne se faisait pas souvent enculer, pourtant, il adorait a, autant que le reste. Cette maldiction avait du bon, aprs tout.
	Il commenait  griffer doucement le dos de l'talon,  force de sentir son norme queue le ramoner. Il avait l'impression qu'elle gonflait... Oui, son gland gonflait. L'talon se mit  grogner,  bout de souffle, et lui donna de plus profonds coups de reins. C'tait tellement violent... Agone fit sauter  temps les boutons du bas de sa chemise pour se permettre d'jaculer contre leur pelage sans tcher le vtement, tandis que l'talon, agripp  ses fesses, remplit le cul du magicien assoiff de foutre. L'talon l'embrassa une nouvelle fois, puis sortit, faisant gicler le sperme hors de l'orifice dilat d'Agone.
	Si seulement j'avais des clients aussi sympathique que toi... Dit-il.
	_Je ne suis pas sympathique.
	Agone se redressa, fit craquer son dos. Il se sentait beaucoup mieux, avec l'intrieur largi et tapiss de sperme. Il paya l'talon, qui lui caressa la joue en guise d'ultime adieu. Agone soupira; il n'aurait pas la chance de le revoir de sitt, c'tait un sacr coup.
	Arriv chez lui, les lumires taient toujours allumes. Camille s'tait endormir sur le vieux canap, la tl tait teinte. Et il tenait une sacre rection... Il se rveilla en sursaut, et rougit.
	A... Agone..., dit-il en souriant timidement.
	_Je t'avais dis de pas m'attendre.
	_Tu te tiens bizarrement...
	_J'ai... D me battre.
	Camille battit des paupires, et billa, avant de se lever et de partir dans la salle de bains. Agone ne se posa pas de questions, et accrocha au porte manteau sa veste, avant de faire bouger sa mchoire. Entre les coups et l'talon... Il avait pass une nuit muscle.
	Camille revint avec un tube d'arnica, et un grand sourire.
	Tu te met torse nu ?
	Agone lui sourit, et retira son gilet, sa cravate, puis sa chemise. Il dvoila alors les tatouages de ses avant-bras, celui qui prenait tout son pectoral gauche, et tout son dos, un immense cercle d'inscriptions tranges, et rempli d'autres inscriptions circulaires et de dessins, le tout noir. Camille rougit, un sourire gn.
	Tu as de beaux tatouages. Ils ont d te faire mal.
	_En effet, dit-il en s'asseyant sur le canap.
	_Tu es drlement maigre...
	_Le travail me tient en forme.
	_Moi, c'est le manque de travail, qui me donne mes formes...
	Un silence gn passa, o Agone se laissait manipuler par Camille, malgr la douleur que cela lui procurait.
	Agone... J'ai... J'ai rv que tu me faisais l'amour, cette nuit. J'ai vu chacun de tes tatouages.
	_Eh bien... Du moment que t'as pass une bonne nuit ! Dit-il en riant.
	Il sentit la gne de Camille se dissiper, laissant enfin place au calme. La lumire du salon se mit alors  clignoter, de plus en plus faible. Agone regarda l'ampoule, et se mit  sourire.