Premier Rituel.
Le rire du dmon.

	Il arriva, un quart d'heure en retard, sur la scne. Encore un meurtre, il y en avait de plus en plus souvent, fallait croire. Encore un putain d'enfoir d'humain, srement. Il faillit gerber en voyant le cadavre. Tout aurait pu se passer normalement. Un simple cadavre  poil, le cur transperc d'une lame. Tout aurait pu se passer normalement, si ce corps ne se trouvait pas au centre d'un putain de pentacle de merde fait avec du sang.

	Il avait cauchemard toute la nuit. C'tait mauvais signe, de rver de dmons. Il avait mis, comme  son habitude, une chemise blanche, une cravate noire, un gilet noir. Et vu le temps qu'il faisait, il rajouta son vieux pardessus. Il alluma une cigarette, et ignora son futur ex-colocataire. Il tait sympa, et trs mignon, mais il ne supporte pas la magie, ni ses tatouages.
	Arriv sur la scne, un vieux lion de la police anthropomorphique, visiblement nauseux, lui jeta un mauvais regard. Il n'avait pas bonne rputation, mais on savait qu'il tait l'homme de ce genre de situation. Un jeune policier, tout  ct d'Agone, allait entrer dans le cercle, mais il le retint  temps en posant une main sur son torse.
	J'ferais pas a,  ta place.
	Le policier resta incrdule, mais il lui obit. Les pieds au bord du cercle, il s'accroupit, et regarda l'ensemble. Une incantation... Bon sang, il ne connaissait pas celle-l ! Mais il essayait de paratre aussi impassible que d'habitude, malgr un lger rire flottant dans l'air, que lui seul pouvait entendre. Un rire de dmon.
	Perdu dans ses rflexions, il finit par entendre le vieux policier et un autre discuter.
	C'est le sang de la victime ?
	_Oh, trs srement, rpondit le vieux. Crois-en mon exprience, ce sont tous des fous, des dpravs sexuels...
	_Sang de porc, dit alors Agone en se relevant.
	Le vieux se tourna lentement vers lui. A la tte qu'il faisait, il avait prvu depuis longtemps ce qu'il allait dire. Il tait fier  l'avance.
	Ecoute, le p'tit magicien. Si un jour on te demande quel temps il fait, on t'appellera, et on t'fera changer le temps.
	_Oh... Il pourrait pleuvoir, si je le veux bien, rpondit-il en plongeant son regard de glace. Ne sortez pas tout de suite, o elle vous tombera dessus...
	Le policier se mit  l'insulter,  agiter ses bras. Agone ne fit pas attention, il n'en avait rien  faire. Il tait bien trop occup  regarder le rituel. Dans quel but...? Une invocation ? Acqurir des pouvoirs ? Mis  part le crochet au plafond, le pentacle, et le corps, il n'y avait plus aucune trace.
	Il entendit le vieux policier sortir, et il se mit  sourire. Il se retourna, et le vit retirer sa casquette, et lui jeter un sourire narquois. Il carta les bras, ouvrit la bouche pour parler, et l'eau tomba en rideaux. Il se mit  pleuvoir des cordes. Il fit un bond, et courut, probablement vers sa voiture de fonction.  Tous avaient sursaut, lorsque le tonnerre fouetta l'air, sauf Agone, qui s'tait accroupi  nouveau.
	Sorti de la baraque, il rejeta l'ide d'allumer une cigarette sous cette pluie battante. Au moins, il n'entendait plus cet horrible rire. Il se dirigea vers la premire cabine tlphonique, et composa le numro.
	Los.
	_...Agone ?
	_Oui. Tu as senti quelque chose ?
	_Une... Une violente activit magique. Mais... C'est tout. J'ai failli croire que c'tait toi, puis... a n'avait pas ta marque. En fait... Je ne l'ai pas localis. C'est comme si... Comme si le magicien avait opr de partout  la fois. Dans toute la ville.
	_Merci, Los. Au fait, c'tait un rituel, avec sacrifice. Du sang de porc, des critures dmoniques. Un rire, aussi. Tu me tiens au courant.
	_Si tu me paie...
	Il raccrocha. Toute la ville... Ce n'tait pas bon. a voulait dj dire qu'il ne pourrait pas lancer un sort pour le localiser. Cela pourrait mme le tuer. Et que c'est une personne de haut niveau, qui sait ce qu'il fait...
	Aprs avoir allum une cigarette et regard au dehors la pluie, il appela  un autre numro. Ce n'tait plus la voix tranante, enrhume et fatigue de Los, mais une plus joviale, enjoue, qui rpondit.
	Vous tes bien... Camille ?
	_Oui, oui, tout  fait, comment connaissez-vous mon pr... Ah ! Je reconnais votre voix ! Vous tes... Arthur, Arthy...
	_Agone. Dis-moi, ton avis de collocation, a tiens toujours ?
	_Bien sr, bien sr !
	_a vous ennuie si j'emmnage... Aujourd'hui ?
	_Aujourd'hui ? Cria-t-il. Mais, mais mais... L'appart' est sale ! J'ai rien rang !
	_Ce n'est pas grave. Mais je risque d'tre jet  la rue d'une minute  l'autre. Le temps de passer prendre mes affaires, une ligne de bus et je suis l.
	_Je... Je comprend, alors. Je vais essayer de nettoyer !  tout de suite ! Et prenez votre temps, hein ?
	Il se mit  rire, puis raccrocha. Agone soupira, ce n'tait pas son jour, il le sentait. Un temps de chien, mme pour un loup comme lui. 
	Il sortit de la cabine, et rentra dans son futur ex-chez lui.
	Il commena  faire ses affaires, dans sa future ancienne chambre. Elle tait reposante, le lit tait confortable. Dommage de quitter un endroit pareil. La personne qui l'hbergeait apparut au coin de la porte, et soupira.
	T'oublie rien, Agone. Je ne veux pas me retrouver avec tous tes monstres.
	_Je n'ai pas de monstres... Et les dmons ont tendance  m'oublier ces derniers temps. Tu n'auras aucun soucis, vraiment ! Dit-il en souriant. 
	_Il n'empche que j'ai perdu une tl, comme a !
	_J'ai pay une partie des rparations, comme je l'avais promis...
	_Agone...
	Il se pina entre les yeux, en soupirant.
	T'es un poison, Agone. Tu as l'air sympathique, mais tu attire trop d'emmerdes ! Ta gentillesse sonne faux. C'est pour a, que tu ne te trouve pas de mecs. T'as pas l'air vrai. Sauf quand tu chasse le dmon. L, un vrai gosse ! Et ton putain de tabac... Non, il faut que tu parte. Je peux plus vivre comme a !
	Agone fit la moue. Il savait qu'il devait se sentir vex... Mais il avait raison, aprs tout. Certains taient mme morts  cause de lui. Il ferma alors le vieux sac de sport avec les rares affaires qu'il avait, et dpassa son ex-colocataire.
	Je suis dj parti, Rey. Je n'existe dj plus.
	Il franchit la porte, la referma, et soupira. Il soupesa son sac, qui ne pesait pas bien lourd, et partit rencontrer ce Camille.
	Une bonne heure de trajet plus tard, il frappa  la porte. L'immeuble lui-mme, de l'extrieur, avait l'air sale, et mal entretenu. Mais il avait vu tellement pire... Rien ne le choquait.
	Ce fut un renard qui faisait bien trois ttes de plus que lui qui ouvrit. Et vu son ventre, il faisait trois fois son poids, aussi. Dj qu'il avait l'air faim, mais alors  ct de lui, on aurait dit un anorexique. Mais il avait un air si sympathique, que le tout lui donnait des airs de peluche. Il avait un grand sourire, et rougissait.
	J'vous imaginais plus vieux ! Dit-il en souriant.
	_Trente et un an. Ni plus, ni moins, rpondit Agone en souriant.
	_C'est une vraie porcherie, dedans...
	_Montre-moi, dit-il sur un ton chaleureux.
	Camille hsita un instant, puis le laissa passer. Odeur de renferm et de nourriture, rideaux tirs, quelques endroits o la tapisserie tait arrache. Une vraie maison hante... Il tourna lentement sur lui-mme, les mains dans les poches, un vague sourire.
	Je ne m'attendais pas  a...
	_Oh, je suis tellement dsol...!
	Et il en avait l'air. On avait envie de lui pardonner sur-le-champ et de le pardonner. Une norme peluche. Un ventre anormalement rond, d'ailleurs... Il n'y avait aucun pli de peau, pas de bourrelets. a le rendait plus... Sympathique, dans un sens. Il tait rouge de honte.
	Non non, tu n'as pas  l'tre. C'est parfait !
	Camille bgaya un peu, incrdule. Puis il lui montra sa chambre. Vieux matelas, cette mme odeur de bouffe et de renferm, ainsi qu'autre chose de moins apptissant, de grands pans de tapisserie dchire. C'tait encore mieux que l'ancien appartement ! Il s'assit sur son lit, qui grina.
	C'est... Oh, j'aurais peut-tre d vous acheter un nouveau matelas...
	_Certainement pas, rpondit Agone en souriant. Je me sens dans mon lment,  vrai dire...
	_Je ne comprend pas... Vous portez presque un costard ! 
	_Crois-moi... Je suis comme chez moi.
	Il sentit que son regard dstabilisa Camille. Il alluma instinctivement une cigarette, puis songea  l'craser. Mais face au manque de raction du renard obse, il continua de fumer tranquillement.
	Il finit par comprendre que Camille avait dj peur de lui. Un record, d'habitude on attendait le lendemain matin. 
	Mais il n'en fit rien, et retira sa veste pour l'accrocher  la poigne de la porte. Il avait une armoire au pied du lit, contre le mur, avec un miroir sale. Il s'y regarda, constatant ses yeux d'un bleu  glacer n'importe quelle flamme, sa fourrure grise qui paraissait toujours sale, ses vtements mouills, sa maigreur. Il tait sec, mais il arrivait gnralement  mettre les gens aux tapis. Il connaissait parfaitement les points sensibles du corps, comment les frapper et provoquer de vives douleurs. Mais il n'tait pas trs physique, et il prfrait courir que cogner. 
	Il gratta son sourcil, et, mains dans les poches, fit le tour de la maison. Camille tait devant la tlvision, l'air paniqu. Agone l'ignora, prfrant visiter sa maison hante. Il y avait mme une porte ferme  cl, avec une terrible odeur qui planait. Srement une canalisation casse qu'il n'avait pas encore fait rparer, vu la puanteur. Il y avait une large et profonde baignoire, voil qui tait bien. Quelques bons cd de musique, aussi. Un frigo plein, plein d'aliments graisseux. Pareils pour les placards. Biscuits, gteaux, viandes grasses... Mais il ne pouvait pas prendre de poids. Pas avec ce qu'il vivait.
	Il allait sortir de la cuisine, quand il vit Camille, qui prenait quasiment toute la porte.
	Vous n'tes pas un dealer, ni un mac, hein ? Demanda-t-il.
	_Rien de tout a, rpondit Agone en souriant. Je laisse a aux autres. Et je ne suis pas arm, promis.
	_... Un ancien taulard ?
	_Hmmm... Non.
	_Vous avez tu quelqu'un ? Vous tes un tueur ?
	_Pas vraiment, non. 
	_Je dois me faire du soucis ?
	Il resta un instant sans rpondre, gardant un petit sourire. Bien sr, qu'il avait du soucis  se faire. Quiconque restait prs de lui, avait  s'en faire.
	Je paierais tous les mois. Je n'ai juste pas les moyens d'avoir un appart'  moi seul.
	Camille sembla rflchir un moment. Puis, aprs s'tre fait son avis, il laissa passer le magicien. Il essaya de sourire, mais n'arriva pas  reste souriant bien longtemps.
	Agone fut rveill en pleine nuit. Pas  cause du matelas qui lui tiraillait le dos, mais  cause du lit de Camille, qui grinait. Il resta dans son lit, bien au chaud, conscient de ce qu'il se passait. Camille bougeait, se tournait, se retournait dans son lit en gmissant. Parfois, il criait. Non !, Pas a ! Piti !, et par moments, des petits cris, plutt sexuels. Il eut un petit sourire malsain, puis se rendormit. Personne n'arrivait  rester intact face  cet preuve. Dormir avec Agone.
	Il buvait son caf dans la cuisine, appuy contre l'vier, quand Camille, en T-shirt et caleon, apparut, avec d'incroyables cernes, et l'air boulevers, choqu. Il se servit du caf qu'Agone avait prpar, et toussa. Il n'tait pas  son got; il rajouta du lait, et quatre sucres.
	J'ai fait... J'ai fait un horrible cauchemar...
	Amusant, il tait l'un des rare  se confier, et mme le premier  oser ds le lendemain. C'tait intressant...
	J'ai rv que... Que j'tais en Enfer. Qu'on me torturait, qu'on me tuait encore et encore, qu'on me... Qu'on me...
	_Violait ? Dit-il, comme si ce mot tait aussi anodin qu'un autre.
	_Oui... a avait l'air si vrai ! Mais... Mais pourtant, je ne crois pas,  tout a...
	Agone reposa sa tasse vide, et sortit de la cuisine.
	Tu devrais.

	Il appela Los d'une cabine tlphonique, il pleuvait toujours. Il n'avait toujours aucune information, sinon qu'il sentait un possible cas de possession dans une certaine maison, et qu'il fallait se mfier; lui aussi entendait perptuellement le rire,  en devenir dingue. Agone avait une bonne mmoire; pas la peine de noter, et puis il connaissait la ville par cur.
	Il fallait avoir l'estomac fragile, pour les exorcismes. Et du temps devant soi; a durait toujours des heures. Parfois, il fallait s'y prendre  plusieurs fois.
	Il sentait l'nergie dmoniaque, comme une aiguille loge dans le bas de sa colonne, avant mme d'avoir pass le portail. Une grande et belle maison, humide par la pluie. Les parents de la jeune possde lui apporta une vieille serviette use; son pardessus les mettaient mal  l'aise, pas assez classe pour eux. Et interdit de fumer... De parler, aussi; ils n'arrtaient pas de parler, de se corriger l'un l'autre. Classique cas de possession d'un dmon de pacotille. Ce ne serait pas la plus difficile, qu'elle ait treize ans ou non.
	Ils parlaient sans cesse, parlant mme de dtails inutiles ou de tendres souvenirs. Il avait depuis un moment abandonn l'ide de parler, et finit par leur couper la parole en se levant et se dirigeant vers la chambre. Plus il s'en approchait, plus ils palissaient, et plus le bas de sa colonne tait douloureux. Une douleur rotique, pour qui est habitu. Dans la chambre, noir complet. Odeur de mort, de crasse, de matires fcales, d'urine et de vomissures aussi. La porte se referma d'elle-mme derrire lui en claquant, il les entendit crier.
	Tu peux griller une clope, Agone, on est entre amis...
	Il ne fit qu'un pas en avant, et alluma une cigarette. Il n'allait pas s'en priver, il en mourrait d'envie. N'importe qui aurait eu peur, ou mme simplement surpris. Mais les dmons sont plutt futs...
	Entre amis, hein.
	_Oh, oui... Lucifer lui-mme veut ta peau, pour l'arracher, la torturer mille ans durant, la salir, la violer...
	_Je connais ce pome-l, tu peux enchaner.
	Un horrible rire, aigu et grave, perant et sourd, rsonna dans toute la maison. Son poil se hrissa; il ne devait pas avoir peur, encore moins paniquer. L, il devait faire preuve de talent.
	Celui qui rit de la mort ne sais pas qu'elle lui lche la nuque...
	Un petit tour de passe-passe dmoniaque, et Agone pouvait sentir quelque chose de mouill dans sa nuque, son poil se coller. a, ce n'tait pas du dmon de pacotille... et pourtant, il n'y en avait qu'un de prsent. Il posa sa cigarette sur le bord d'un meuble, de sorte  ce qu'elle continue de se consumer sans abimer le meuble. Il ouvrit les rideaux, faisant pntrer la lumire. La petite tait comme dcrite; plusieurs endroits sans poils, dents en moins, des marques de bleus et de griffures, de morsures aussi, les draps tchs de sang, transpiration, urine... Tant d'horribles choses qui avait choqu les parents, mais pas lui. La situation lui provoquait mme une rection.
	Tu es dpendant  l'horreur, Agone... Fit la fille en souriant de manire malsaine. Bientt, tu ne seras plus capable de baiser n'importe quoi. Peut-tre que ce gros lard pourrait te vider les couilles, lui, t'ouvrir en deux avec sa grosse...
	_Chaque chose en son temps, raclure. Une petite fille, hein... t'as pas trouv mieux pour attirer mon attention...
	Il sortit de ses poches des croix, en bois et en mtal, une petit fiole d'eau bnite, et commena  prier en latin et aramen, malgr les hurlements et les insultes du dmon parlant  travers la fille. Les meubles tremblaient, menacer de se jeter sur lui, mais il ne fit que sourire, et continuer de plus belle.
	Ce n'est qu'aprs deux heures de rcitations de passages de la bible et de jet d'eau bnite qu'elle s'vanouit. Il ne sentait qu'une faible prsence, quelque chose d'trange. Quelque chose n'allait pas. La voix brise, fatigu, puis, il l'appela :
	Caroline ?
	Elle se releva d'un bond en hurlant, Agone fit un bond en arrire. Le dmon tait beaucoup plus puissant. Les meubles commenaient  quitter la confortable moquette  prsent salie et moisie, et tournaient sur eux-mmes, les tiroirs s'ouvraient et claquaient; une fentre se brisa, coupant la joue d'Agone au passage. Il vita une chaise qui se brisa en morceaux contre le mur, alors que son horrible rire rsonnait dans la maison, le rire du dmon. Celui du rituel.
	Il n'avait bientt plus d'eau bnite, et tenait  peine debout; mais il tenait bon. Le rire, implacable, interminable, pntrait sa moelle, il n'tait pas loin de devenir fou. Il n'avait plus le choix, il fallait contrer la magie dmoniaque par la magie dmoniaque. Il retroussa ses manches, rvlant des tatouages sur ses avants-bras, d'un noir surnaturel. Il commena  prononcer les mots dmoniaques, et pendant un instant, le dmon lui-mme fut surpris. Il chuchotait, une voix de gorge, rauque et raille. La voix d'Agone remplissait lentement, comme une infection, la maison entire. Il sentit l'me du chien, dans le garage, s'vanouir. Une faible me, comme pour tout animal. Le dmon essayait de dnouer ses liens, mais ils taient imbibs d'eau bnite, Agone y avait pens. Il chercha  dstabiliser le magicien, parlant en toute les langues, riant, riant, riant. Agone cria alors une phrase dmonique en rejoignant ses avants-bras, poings ferms, et le dmon hurla, brisant la voix de la petite fille. Un souffle d'une chaleur insupportable manait de ses bras, se rpandant dans la pice. Il s'agenouilla, manquant de tomber, et posa ses mains au sol. Le dmon hurla une dernire fois.
	Il se redressa, appuy contre le pied du lit. Rentrer chez lui sera bien compliqu, sans un peu d'alcool, et surtout une cigarette. Il ouvrit la porte, et la mre tomba dans les pommes en le voyant. Il avait de grandes cernes, l'air abattu et puis, il ne se tenait mme plus droit. Il avait l'air vieux. Et sa voix brise n'arrangeait rien.
	Ma fille... Ma fille va bien ? Demanda le pre, aprs avoir allong sa femme dans leur immense canap en cuir.
	_Choque. Voix brise. Blessures. Libre. Payez.
	_Oh, oui, bien sr...
	Agone dut s'appuyer contre l'encadrement de porte pour ne pas tomber, regardant l'homme sortir tous ces beaux billets.
	Deux mille, comme prvu. Plus... Deux cent, pour vous remercier. Vraiment... Merci. Vous tes...
	_Je suis plein de choses, dit-il en se raclant la gorge et comptant les billets. Mais rien de positif. Esprez ne jamais me revoir.
	Il sortit de la maison, retrouvant lentement ses esprits. Avant de partir, le dmon avait murmur dans son esprit. Le Chien en a aprs lui. Quel chien ? Bon sang... Il avait besoin de sexe. En urgence, c'tait son prix  payer  chaque fois qu'il utilisait la magie.
	Aprs avoir bu quelques bires, il d payer le premier prostitu venu. Un jeune homme, la vingtaine, il avait dj l'air bris par la vie. Il ne connaissait rien  ce mtier-l, et ne demandait pas cher.  vrai dire, il avait l'air effray. Peut-tre tait-il forc. Mais s'il rsistait encore  la pulsion, les retombes auraient pu tre catastrophiques. Il le plaqua face au mur d'une ruelle sombre, il couina. Il prit le lubrifiant qu'il lui tendait et, en recouvrit son sexe, douloureux tant il tait dur. Il lui mordilla la nuque, et, sans attendre, le pntra. Il lui fit un peu mal, mais son petit cri aigu lui tmoignait qu'il supporterait le coup. Il tait assez bien membr, surtout pour un jeune en manque d'exprience, mais il n'avait pas envie d'tre tendre, ni l'envie, ni le temps; encore moins le besoin. Il l'enfona le plus loin possible  l'intrieur,  l'intrieur de son cul serr et brlant. Il n'aimait pas passer ce temps-l avec une pute, il aurait prfr son ancien colocataire... Pourquoi pas le nouveau, lui dfoncer son norme cul et le salir de son foutre, ou bien s'empaler sur sa queue. Le petit avait l'air d'avoir mal, mais il ne protestait pas, c'tait tant mieux pour Agone, qui s'y donnait  cur joie. Pour un peu, a ressemblait presque  un viol. Il le ramonait de toute ses forces avec sa grosse queue canine, son nud commenant  gonfler  la base. Il le faisait rentrer et sortir, augmentant la douleur du jeune, mais augmentant le plaisir du loup. Les humains sont si serrs... Si laids. Il ne les portait pas dans son cur.
	Son nud se coina dans son cul, devenu trop gros pour en ressortir, et il tait difficile de donner des coups de reins. Mais il le fit quand mme, pour mieux apprcier l'jaculation, qui finit par remplir le jeune humain. Appuy contre le mur, les dents serres, il se mit  pleurer alors qu'il sentait un torrent de sperme envahir ses intestins,  prsent souills. Agone l'avait mordu  l'paule, mais il ne saignait pas. Il attendit un moment, mais pas que son nud rtrcisse; il sortit brutalement, dans un bruit mouill, faisant crier l'humain, plus fort que les autres fois alors que du sperme coula en quantit au sol et le long de ses cuisses tremblantes. Le magicien rangea son sexe dans son boxer et ferma sa braguette malgr son rection, puis glissa les billets ncessaires dans le poing ferm de l'humain, honteux de s'tre fait sodomiser par un anthro, d'autant plus contre de l'argent.
	La premire chose qu'il fit une fois rentr  l'appart' fut d'aller  la salle de bains pour dsinfecter la coupure sur sa joue. Elle n'tait pas profonde, bien heureusement, mais sa joue tait tache de sang sche, collant le poil gris et blanc. Il mit un pansement, scha sa tte, et se posa dans la cuisine, en pleine rflexion. Ce dmon avait t invoque par la plus puissante des magies, avec qui plus est un sacrifice anthropomorphique. Il ne voyait que deux options : soit on lui en voulait, puisque le dmon lui avait dlivr un message, soit... Soit il ne savait pas encore. Et puis, a pourrait mme tre les deux.
	Vous vous tes bless...? Demanda Camille, qu'il n'avait pas vu arriver.
	_Ce n'est rien, ne t'en fais pas. Et ne me vouvoie pas; a me vieillit, dit-il en souriant.
	Malgr a, Le gros renard paraissait toujours inquiet. Agone crasa sa cigarette, et fouilla dans sa poche, pour en tirer quatre cent billets.
	Voil, mon loyer en avance, pour ce mois-ci.
	_Alors... T'es bien un dealer, hein ? Dt-il, dgot par la vue de tous ces billets.
	_Je ne touche pas  la drogue, Camille. Je suis dtective priv.
	_... Pour de vrai ?
	_Pour de vrai. Je me suis bless au travail. C'est tout. Et je suis toujours pay en liquide...
	Camille eut l'air dconcert, puis finit par prendre les billets. Il commenait  partir, ne sachant pas qu'Agone regardait son arrire-train, pour retourner au salon. Mais il fit demi-tour, faisant bouger son ventre. Il ne put s'empcher d'imaginer un bruit accompagnant son mouvement, comme dans un dessin anim pour enfant.
	Dis, tu veux bien regarder la tl avec moi ? a me stresse, de savoir qu'il y a quelqu'un chez moi, sans savoir o...
	Agonie lui sourit, et mis ses mains dans les poches.
	Si tu me laisse choisir la chane, a peut se ngocier.
